Si vous suivez mes posts ou mon blog depuis quelques temps, vous avez dû déjà entendre brièvement parler du SIBO (et vous vous êtes surement demandé ce que c’était que cette bête-là !). Si j’aborde de plus en plus ce sujet, c’est parce que je vois un nombre croissant de patientes (et patients) souffrant de ce type de problème. Problème qui, par ailleurs, est complètement ignoré par la plupart des médecins et gastroentérologues en France. C’est dommage car il semblerait que 5 à 18% de la population en souffre…et certaines études estiment que 60% des cas de SII (syndrome de l’intestin irritable) sont liés à un SIBO ! Cela me semble un peu excessif, mais néanmoins je trouve que cela mérite qu’on s’y intéresse, non ? Parce qu’il n’existe aucune formation solide en France, j’ai donc choisi de creuser le sujet et me former auprès du Dr Jacobi, une des expertes australienne du SIBO. Cela m’a vraiment ouvert les yeux sur ces pathologies très embarrassantes et stressantes (voire carrément handicapantes !) et sur des moyens efficaces de s’en débarrasser sur le long terme. Le sujet est vaste et j’ai choisi de commencer par présenter ce qu’est le SIBO (ou plutôt LES SIBO). Je vous expliquerais aussi comment le diagnostiquer et de pourquoi il peut créer une inflammation de votre intestin….

LE (OU LES) SIBO : QU’EST-CE QUE C’EST ?

SIBOLe SIBO, ou Small Intestine Bacteria Overgrowth, est une pullulation bactérienne qui survient dans l’intestin grêle. C’est la partie de notre intestin entre l’estomac et le colon. Il occupe donc une bonne partie de notre abdomen. Cette partie de l’intestin est une zone d’absorption et non de fermentation. Il y a donc relativement peu  de bactéries à cet endroit (<10 000 bactéries/mL de fluide quand même…mais c’est 100 000 fois moins que dans le gros intestin !).

Si des bactéries ou d’autres micro-organismes appelées archées, viennent à se multiplier à cet endroit, cela chamboule tout l’équilibre et crée différents symptômes parmi lesquels :

  • Ballonnements et/ou gaz et/ou rôts et/ou borborygmes lors de la digestion
  • Douleurs abdominales, intestin irritable
  • Diarrhées ou constipation ou alternance des deux
  • Fatigue chronique
  • Nausées, vomissements (plus rares)
  • Maux de tête
  • Brûlures d’estomac, gastrite, reflux
  • Intestin hyper-perméable et malabsorption avec carences associées (fer, vitamine B12, vitamines D/E/A,…)

Si un SIBO se développe et traine trop longtemps, il peut aussi dégénérer sur d’autres problèmes de l’intestin, notamment l’apparition d’hypersensibilités alimentaires (‘intolérances’ au gluten, œufs, ou à toutes autres protéines alimentaires) suite à l’augmentation de la perméabilité intestinale, ou encore déséquilibre de flore au niveau du gros intestin. S’en suivent alors une série de nouveaux symptômes, intestinaux ou non, mais toujours chroniques.

IL N’EXISTE PAS PAS 1 SIBO MAIS 3 !

Et oui, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !? Il existe en effet 3 types de SIBO…ou plutôt 2 et demi. Je m’explique:

SIBO A HYDROGÈNE

Ce SIBO est le plus fréquent. Il  concernerait plus de 60% des cas. Il est caractérisé par des diarrhées  (SIBO-D pour Diarrhées) ou une alternance diarrhées-constipation (SIBO-M pour Mixte). Les bactéries qui sont en cause produisent un gaz spécifique : l’hydrogène.

Ce type de SIBO se développe très souvent après une intoxication alimentaire ou un épisode de gastro-entérite particulièrement aigu.

SIBO A MÉTHANE

Ce SIBO a été récemment reclassifié en IMO ou Intestinal methanogen Overgrowth (surproduction de méthane dans l’intestin). Deux raisons à cette reclassification : les micro-organismes productrices de méthane ne sont pas des bactéries mais des archées (OK, vous, ça ne change rien au problème !), d’autre part, cette surproduction de méthane peut affecter aussi bien l’intestin grêle que le colon. La conséquence ? Souvent une constipation chronique. Ce type de ‘SIBO’ représente environ 30% des cas.

 SIBO A SULFURE D’HYDROGENE (H2S)

Ce 3e type de SIBO est beaucoup plus rare. Il se caractérise par des diarrhées ou la constipation, des gaz ou des ballonnements, voire des rôts (les uns ou les autres pouvant avoir une odeur d’œuf pourri…oui, c’est très glamour !) mais aussi des nausées et des douleurs articulaires et/ou au niveau de la vessie.

 

COMMENT SAVOIR SI J’AI UN SIBO ?

UNE PETITE MISE EN GARDE POUR COMMENCER

colopathieCe n’est pas parce que vous avez des gaz ou des ballonnements chroniques que vous souffrez forcément d’un SIBO ! Je rappelle que c’est le gros intestin, ou colon, qui est le siège principal des fermentations. Il est donc beaucoup plus courant d’avoir des problèmes de gaz à cause de lui plutôt que d’un SIBO !

  • Si vos gaz/ballonnements sont plutôt aléatoires, ont lieu plus de 2h après le repas et surtout sont présents dès le matin à jeun, on pensera plutôt à une dysbiose au niveau du colon. Si les gaz/ballonnements commencent dans l’heure après le repas et augmentent au fur et à mesure de la journée (avec cette sensation d’avoir un ventre de femme enceinte le soir…), ce sera plutôt un problème au niveau de l’intestin grêle.
  • Si vous réagissez mal aux probiotiques (attention, pas ceux avec des FOS ou de l’inuline dedans, juste des bactéries) voire aux produits fermentés en général, là encore cela pourra vous faire penser à un SIBO.
  • Si vos symptômes sont améliorés après un traitement aux antibiotiques et réapparaissent après , là encore on pourra penser à un SIBO

Cela étant dit, le seul examen qui permettra de dire avec certitude (ou presque) que vous souffrez bien d’un SIBO est une analyse des gaz expirés (ou breath test).

LA DETECTION DU SIBO EN QUESTION

L’analyse des gaz expiré doit se faire selon un protocole assez précis et une bonne préparation (aliments à exclure dans le mois précédent le test et dans les 2 jours avant) sous peine d’avoir des faux positifs ou négatifs. Pour moi, les tests les plus fiables sont ceux réalisés dans les labos spécialisés et dans les hôpitaux. Le hic, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de sites en France ou le faire.

test respiratoire siboJe ne vais pas rentrer dans les détails du test ici, cela prendrais un article entier. Mais sachez seulement  qu’un test correct se fera en ingérant un sucre fermentescible (glucose ou lactulose, voire fructose mais je déconseille le test au fructose en première intention car cela peut aussi montrer simplement une intolérance au fructose !). Le test doit durer entre 2 h et 3h (idéalement). Il doit analyser un gaz neutre (H2 ou CO2) comme témoin ainsi que l’hydrogène ET le méthane. Et le praticien doit vous remettre à la fin du test le graphe comportant environ 10 mesures montrant l’évolution de ces gaz sur toute la durée du test. Un test qui ne respectera pas tout cela aura peu de chances d’être fiable.

Par contre il n’existe pas encore de test pour détecter le dernier type de SIBO, celui à H2S. Il s’identifie donc par défaut (souvent on peut le supposer  lorsque les tracés du test sont plats tant pour l’hydrogène que le méthane).

D’autres tests existent pour analyser les déséquilibres de flore ou dysbiose du gros intestin : MOU urinaire (analyse des métabolites organiques urinaires), analyse de selle et de microbiote, à faire faire par des labos spécifiques. Ils ne seront cependant pas adaptés pour identifier un SIBO, plutôt un déséquilibre de flore au niveau du colon (l’un n’excluant pas l’autre…).

 

LE LIEN ENTRE SIBO ET INTESTIN IRRITABLE

Après cette loooongue introduction au SIBO, j’en reviens donc à ma question de départ : est-ce que le syndrome de l’intestin irritable (SII) peut-être dû à un SIBO ? Et bien la réponse est OUI…sinon je ne vous aurais pas fait ce long bla-bla sur le SIBO ;-). Ce n’est pas la seule cause possible, Dame Nature n’aime manifestement pas nous rendre les choses trop faciles. Par contre cela fait bien partie des causes fréquentes du SII. Pour celles et ceux que cela intéresse, il existe 3 mécanismes d’action différents, qui se gèrent de façon différente.

1ER MECANISME : L’INFLAMMATION PAR LES GAZ.

Lors d’un SIBO, les bactéries produisent des gaz en excès dans une zone non prévue pour cela et peu protégée de mucus (à l’inverse du gros intestin). Ces gaz, notamment le méthane ou le H2S ont un pouvoir inflammatoire assez important. Leur impact dépasse même souvent celui de la sphère intestinale et peut toucher d’autres organes, notamment le foie. Hors un foie enflammé ne va pas bien fonctionner ni bien assurer sa fonction digestive. Cela peut augmenter les troubles digestifs et créer nausées, maux de tête, sommeil difficile,…

2E MECANISME : PAR DECLENCHEMENT D’UNE REACTION AUTO-IMMUNE SUR LE SYSTEME NERVEUX INTESTINAL

Ce problème se retrouve exclusivement (du moins à ma connaissance) dans les SIBO-D ou SIBO à méthane qui ont débutés par une intoxication alimentaire.

Si vous voulez comprendre pourquoi, voici l’explication scientifique (sinon passez directement au point 3 !) : Les bactéries impliquées dans cette intoxication restent dans l’intestin et sécrètent une toxine dite ‘CdtB’. Cette toxine a une forme très proche d’une protéine de notre système nerveux intestinal, la vinculine. Le hic, c’est que le corps va réagir à cette toxine et envoyer ses anticorps pour la détruire….s’attaquant au passage à la vinculine (qui n’a rien demandé à personne) et donc à notre système nerveux digestif. Les conséquences sont un transit accéléré ET une hypersensibilité intestinale.

3E MECANISME : PAR DECLENCHEMENT D’HYPERSENSIBILITES ALIMENTAIRES LIEES AUX IGG

Les gaz libérés et le déséquilibre bactérien peut provoquer à la longue une augmentation de la porosité intestinale. Celle-ci est souvent le préliminaire à l’apparition d’hypersensibilités alimentaires. Dans ce cas, les aliments passent la barrière intestinale en étant mal digérés et peuvent déclencher derrière une réponse immunitaire et donc une inflammation.

 

De ce fait, si vous souffrez de colopathie fonctionnelle ou syndrome de l’intestin irritable, et avez également des gaz et/ou des ballonnements, vous auriez tout intérêt à vous poser la question de l’existence ou non d’un SIBO !  J’aborderais dans un prochain article les moyens de s’en débarrasser (durablement) . Mais déjà, suite à la lecture de cet article : est-ce que cela vous parle ? est-ce que vous vous reconnaissez à travers ces quelques lignes ?