Cet article fait suite à un précédent article qui présente le SIBO ou Small Bowel bacteria Overgrowth (surdéveloppement bactérien dans l’intestin grêle). Je vous encourage à commencer par ce dernier pour mieux comprendre l’article qui va suivre.

Vous l’aurez surement compris si vous en souffrez, le SIBO est une pathologie qui est encore largement méconnue chez nous. Elle fait l’objet de nombreux travaux de recherches outre Atlantique, que ce soit en Australie ou aux Etats-Unis. C’est du coup là-bas que je suis allée me former (enfin, pas physiquement mais grâce au miracle internet 😉 ) pour savoir comment le prendre en charge efficacement. Autant profiter de l’expérience de médecins qui ont plus de 20 ans d’expertise sur le sujet, non ?

Je vais vous partager ici quelques-uns de ces enseignements et donc mon approche du SIBO. Une précision pour commencer : je ne parlerais ici que de la prise en charge des SIBO à hydrogène et à méthane. Le SIBO à H2S est moins répandu et surtout nécessite une approche presque à l’opposé des deux autres. J’en ferais un 3e volet ultérieurement.

 

L’ALIMENTATION SANS FODMAP : NECESSAIRE MAIS PAS SUFFISANTE !

ARTICHAUT - source de FODMAPPETITE INTRODUCTION: LES FODMAP

Pour les personnes qui ne sont pas familières avec ce terme, les FODMAP sont des sucres et des fibres fermentescibles. Nous ne pouvons pas les digérer directement mais ils sont  fermentés par les bactéries de notre gros intestin. C’est une sorte de symbiose : nous nourrisson ces bactéries particulières et, en échange, elles produisent quelques gaz et des composés qui jouent un rôle positif et protecteur sur notre santé. Donc en soi, ce sont plutôt des composés très utiles à notre santé (à l’exclusion du lactose)! Le problème, c’est qu’en cas de déséquilibre de flore et particulièrement de surpopulation bactérienne dans l’intestin grêle,  ces glucides et fibres sont fermentés là où ils ne devraient pas, ce qui entraine es ballonnements et des gaz en quantité trop importante. De plus, si ces fibres s’accumulent par manque d’enzymes pour les digérer, elles peuvent capter l’eau et gonfler. Bref, ce n’est pas très agréable…

Le traitement du SIBO passe donc par une éviction de ces FODMAP. L’objectif n’est pas tant d’affamer ces bactéries surnuméraires que d’améliorer le bien-être et la digestion des personnes qui souffrent de SIBO et d’optimiser les effets du traitement. Si vous comptez traiter votre SIBO seulement en comptant sur une alimentation sans FODMAP, il vous faudrait les éviter sur plusieurs mois, ce qui résulterait en un appauvrissement aussi de la flore de votre colon et donc en la diminution de la population de bactéries bénéfiques (ou probiotiques) .

SUPPRIMER LES FODMAP: PAS TOUJOURS SUFFISANT

Il est aussi à noter qu’en cas de SIBO, certaines bactéries (ou levures) peuvent aussi fermenter d’autres types de glucides : les amidons et les sucres non fermentescibles. Les régimes sans FODMAP préconisés par les Dr Jacobi ou Siebecker excluent donc une majorité des aliments en contenant dans la 1ere phase de leur régime sans FODMAP (appelé bi-phasic diet, que j’applique également).

Les personnes qui continuent d’avoir beaucoup de gaz et de ballonnements sur une alimentation sans FODMAP telle que l’on la trouve décrite en France se trouveraient mieux en excluant ainsi également une majorité des céréales et des féculents de leur alimentation. Encore une fois l’idée n’est pas de faire ce régime d’exclusion sur le long terme mais d’aider le corps à se sentir mieux le temps du traitement (en général 2 mois). Tous ces gaz en surnombre viennent gêner les processus de détoxifications du corps et risquent donc d’entrainer des effets secondaires (die-off) assez difficiles lors du traitement.

LA PRISE EN CHARGE NATURELLE DU SIBO

  • LE SIBO H2

bctéries et SIBOLe SIBO à hydrogène est souvent associé à des diarrhées ou à une alternance de diarrhée et constipation (surtout s’il y a une candidose au milieu, ce qui est malheureusement souvent le cas).

Après avoir appliqué une alimentation sans FODMAP voire sans ‘farineux’ pendant 4 à 6 semaines, je passe à une phase un peu allégée au niveau alimentaire ( en réintroduisant quelques aliments comme les fromages à pâte dure ou les pomme de terre) et commence à conseiller des plantes aux vertus antibactériennes. Dans le cas du SIBO à hydrogène, les plus efficaces sont les plantes contenant de la Berbérine, le neem et l’huile essentielle d’origan (de préférence ADP Biotics qui est micro-encapsulée et donc ‘programmée’ pour agir au niveau de l’intestin, sans agresser les muqueuses) . Le traitement s’étale généralement sur 4 à 6 semaines, en fonction de l’évolution des symptômes. Il associe au moins 2 ou 3 plantes, à des concentrations et des dosages définis (mais adaptables en fonction des personnes et de leur tolérance !).

  • Le SIBO METHANE (CH4)

Ce SIBO est plus souvent caractérisé par de la constipation, voire une alternance constipation-diarrhées. Mais attention, qui dit ballonnement+constipation ne veut pas forcément dire sibo à méthane ! Il peut y avoir d’autres causes (déséquilibre de flore du colon, hypersensibilités alimentaires liées aux IgG…). Je le répète : le seul test fiable pour identifier le SIBO est le test respiratoire, les symptômes seuls peuvent être trompeurs…

ail et aillicinePour revenir à nos moutons, le SIBO à CH4 est souvent le plus tenace car ce ne sont pas des bactéries qui en sont la cause mais des archées (sortes d’ancêtre des bactéries). Elles peuvent d’ailleurs se situer autant dans le gros intestin que dans l’intestin grêle et sont assez tenaces. Les plantes les plus efficaces pour les cibler sont l’extrait d’ail appelé aillicine (oubliez l’ail seul ou les concentrés d’ail qui ne sont pas assez riches en principe actif et qui contiennent en plus des FODMAP…). Malheureusement le seul produit qui en contient actuellement est l’Allimed, un produit venant des US. L’huile essentielle d’origan est également utilisée, de même que le neem  (plus en ‘potentialisateur’ avec un des deux produits précédents qu’utilisé seul). Nos voisins anglo-saxon utilisent aussi un autre produit, l’Atrantil. C’est un mélange de plantes qui aide à réduire la production de gaz et l’inflammation.

Les autres plantes ou huiles essentielles que l’on trouve souvent dans les mélanges tout prêts chez nous ne sont pas assez ciblées sur les bactéries et archées typiques du SIBO et ont donc une utilité très relative ici. Il est également possible de traiter le SIBO avec des antibiotiques spécifiques. Je n’aborderais pas ce sujet car je ne suis pas médecin et  ne les utilise pas. Les antibiotiques peuvent s’avérer très utiles chez les personnes hyper-réactives aux actifs naturels.

 

SANS OUBLIER LE TRAVAIL SUR LE TERRAIN ET SUR LES CAUSES DU SIBO

Un surdéveloppement de bactéries dans une zone où il y a normalement assez peu de bactéries, ce n’est pas normal. Si cela survient, c’est qu’il y a une cause sous-jacente qui peut être bon de corriger pour éviter que le SIBO ne revienne (ou pour favoriser sa disparition). Cette étape est malheureusement trop souvent ignorée ou oubliée.

Parmi les causes souvent retrouvées :

  • Problème de motilité intestinale du à : une hypothyroïdie, une atteinte auto-immune du complexe migrant moteur (suite à une intoxication alimentaire aigue), atteintes du système nerveux périphérique (suite à un trauma), le diabète…
  • Digestion insuffisante en amont due à : une hypothyroïdie, le stress, une insuffisance enzymatique du pancréas ou des enzymes intestinales, mastication insuffisante, manque d’acidité de l’estomac, insuffisance e sécrétion biliaire.
  • La prise de certains médicaments: IPP  ou anti-acides sur le long cours, opiacés,….voire  Lévothyrox (prise seule de l’hormone T4 alors que la transformation T4 inactive en T3 active ne se fait pas. Cela augmente les symptômes d’hypothyroïdie).
  • Problème de flux dans l’intestin : valve iléo-caecale défectueuse (le contenu du gros intestin peut remonter dans l’intestin grêle), adhérences suite à des opérations, endométriose.

De nombreuses de ces causes sont traitables, d’autres moins. C’est pour cela qu’il existe effectivement des cas ou le SIBO risque de devenir chronique mais ce n’est heureusement pas la majorité des cas !

Je recherche la cause sous-jacente le plus tôt possible afin de la corriger au mieux, soit à l’aide d’enzymes digestives ou de plantes (pour relancer le fonctionnement normal du corps), soit en proposant au médecin qu’il adapte le traitement actuel (ex : remplacer le Lévothyrox par de l’Euthyral), soit en travaillant de concert avec d’autres praticiens (praticiens shiatsu, ostéopathes, sophrologues, hypnothérapeutes ou d’autres encore) . Je demande également toujours des analyses complémentaires pour identifier les éventuelles carences associées (typiquement on peu retrouver les vitamines B12, D,A et E ou de nombreux minéraux et oligo-éléments). Cela permet de soutenir le corps dans son procédé de détoxification et de défense.

 

Voici donc la fin de cet article un peu long…mais encore trop court pour exposer tout ce qu’il y aurait à dire sur la prise en charge de ce problème de santé qui est loin d’être rare. L’objectif n’est pas de faire de vous des spécialistes du SIBO mais de vous guider et surtout de vous éviter de faire certaines erreurs préjudiciables. Vous trouverez plus d’informations sur ce qu’est le SIBO dans le 1er article sur le sujet, si vous l’avez manqué.

 

Remarque: je ne sus pas médecin et les conseils présentés ici ne remplacent pas les recommandations de votre médecin. En cas de problème digestif chronique et/ou sévère, consultez votre médecin traitant et, le cas échéant, un gasro-entérologue avant toute chose