Intestin poreux : et si on démêlait le vrai du faux ?

par | 9 Jan 22 | Blog, Santé digestive

J’ai de plus en plus de personnes qui viennent me consulter en me disant : « je souffre d’un intestin irritable et d’un intestin poreux » ou encore « on m’a détecté un intestin poreux : cela se règle comment ? ». Cette expression, que je trouve atroce, décrit en fait un déséquilibre appelé hyperperméabilité intestinale.  Il existe beaucoup de ‘légendes urbaines’ concernant ce déséquilibre. Je vais essayer de vous démêler le vrai du faux ici (en me basant sur des études scientifiques) et surtout vous expliquer d’où vient ce déséquilibre, comment l’identifier avec certitude et comment vous pouvez agir dessus.

Prêts à me suivre ? Alors, allons-y.

L’intestin poreux ou l’hyperperméabilité intestinale : qu’est-ce que c’est vraiment ?

On va tout de suite arrêter de parler d’intestin poreux car non, on n’a pas des trous dans l’intestin et l’intestin ne ressemble pas à une passoire (ce qui est d’ailleurs la raison pour laquelle on ne voit pas une hyperperméabilité intestinale lors d’une coloscopie…).

Pour vous expliquer en quoi consiste l’hyperperméabilité intestinale, je vais commencer par un peu de théorie. Promis, je vais être brève, mais j’aime bien que mes lecteurs comprennent ce qu’il se passe dans leur corps….

La barrière intestinale est composée d’une couche de mucus, du microbiote intestinal, de l’épithélium intestinal, constituée d’une couche de cellules jointes les unes aux autres par différentes jonctions, et par le système immunitaire. Cette barrière à une perméabilité sélective : quand tout va bien, elle empêche les macro-molécules (aliments mal digérés, bactéries, virus,…) de pénétrer dans l’organisme et assure l’absorption des molécules élémentaires (acides aminés, vitamines, oligo-éléments, eau…). Lorsque la perméabilité est augmentée, on verra plus loin ce qui peut l’entrainer, c’est que le mucus et les jonctions entre les cellules (notamment les jonctions serrées ou tight junctions en anglais) ne sont plus ‘opérationnels’. Il faut voir le fonctionnement de ces jonctions serrées comme un portail électrique qui s’ouvre pour laisser passer les molécules puis se referme derrière. En cas d’hyperperméabilité intestinale, ce portail à tendance à rester ouvert trop longtemps et à laisser passer des choses qui ne devraient pas passer (protéines alimentaires mal digérées, toxines, éléments bactériens pro-inflammatoires appelés LPS, bactéries,…)

L’hyperperméabilité intestinale est généralement liée à un phénomène  inflammatoire (comme cause ou conséquence). Cette inflammation intestinale va à son tour impacter négativement les autres fonctions de l’écosystème intestinal, comme les autres mécanismes d’absorption des nutriments (fer, vitamines,…) ou encore l’immunité locale.

La porosité intestinale : qui est concerné et comment l’identifier ?

La communauté des gastro-entérologues considère que le problème de porosité intestinale touche seulement les personnes atteintes de maladies inflammatoires de l’intestin (maladie de Crohn, maladie cœliaque,…) voire les personnes atteintes de pathologies auto-immunes ou  d’un syndrome métabolique (diabètes de type 2, obésité, NASH,…). Le souci, c’est que les études portant davantage sur des gens atteints de pathologies, la vision est biaisée.

Je pense au contraire (et je partage en cela la vision de différents médecins que j’ai pu rencontrer ou auprès de qui je me suis formée, comme le Dr Stien ou le Dr Mussi) qu’au moins 50% de la population aurait un déséquilibre de la perméabilité intestinale, à un degré plus ou moins important…

Comment identifier l’existence d’une hyperperméabilité intestinale ?

Le marqueur de référence actuellement est le dosage de la zonuline dans le sang. Si vous revenez au schéma ci-dessus, vous voyez que la zonuline est une des protéines qui permet de bon fonctionnement de ces jonctions serrées. La zonuline est manifestement augmentée en cas de forte perméabilité intestinale, donc souvent chez des personnes malades (souffrant de diabètes, de NASH,…). Mais ce marqueur est critiqué, notamment les tests qui seraient d’une fiabilité médiocre1. Selon moi, il ne permet pas d’identifier les cas d’hyperperméabilités moins avancés.

L’autre marqueur, est le dosage des LBP (à demander auprès du laboratoire LIMS en Belgique) ou LPS binding proteins. Les LPS sont des morceaux de ‘sucres’ qui se retrouvent à la surface de certaines bactéries Gram négatives, donc des bactéries plutôt pro-inflammatoires (pour simplifier). Si ces LPS se retrouvent dans le sang, c’est qu’ils traversent la barrière intestinale et donc qu’il y a un ‘intestin poreux’.

En parallèle de ces marqueurs officiels, j’identifie également des troubles de la perméabilité intestinale par d’autres signes :

  • Les carences chroniques, notamment les carences en fer, zinc, iode. Si l’intestin est inflammé, non seulement les jonctions serrées ont tendance à être dérégulées mais les échanges au niveau des cellules intestinales se font mal, donc les nutriments sont mal absorbés. 2 phénomènes parallèles mais souvent concomitants. Donc, plutôt que de vous complémenter tous les 6 mois, agissez sur votre barrière intestinale 😉
  • Beaucoup d’hypersensibilités alimentaires retardées, visibles sur les tests dosant les anticorps IgG dans le sérum. Les protéines alimentaires ne traversent pas la barrière intestinale. Si le corps se met à réagir contre elles en produisant des anticorps, c’est donc qu’elles ont profité d’un excès de perméabilité pour traverser de l’autre côté…

Les conséquences de l’hyperperméabilité intestinale

Pourquoi ce phénomène d’hyperperméabilité digestive est-il problématique ?

La première raison est évoquée ci-dessus : en général, cela s’accompagne de carences nutritionnelles qui peuvent devenir chroniques. Sachant que les vitamines et minéraux impactent directement le fonctionnement général de l’organisme, depuis la transcription de notre ADN jusqu’à l’immunité ou même la perméabilité intestinale, il est évident que cette conséquence est problématique à elle-seule.

La seconde raison est l’augmentation de la réponse inflammatoire, notamment liée au passage de ces LPS. Phénomène inflammatoire qui est responsable d’une dérégulation générale du corps, notamment de l’immunité, et que l’on retrouve derrière toutes les maladies de civilisation (obésité, diabètes, inflammations du foie,…), des MICI/maladies inflammatoires de l’intestin ou encore de pathologies  auto-immunes.

Parmi les autres conséquences de cette hyperperméabilité intestinale, on va retrouver l’engorgement  voire l’inflammation du foie (visibles sur les dosages ASAT/ALAT/phosphatases alcalines, l’identification d’un ‘gros’ foie, la douleur sous les côtes à droite ou encore l’hypersensibilité aux odeurs, le réveil entre 2 et 4h du matin,…). En effet, si l’intestin ne joue plus son rôle de barrière, c’est le foie qui va récupérer davantage de toxines. On aura également plus de chance de développer des hypersensibilités alimentaires.

Et maintenant la réponse à la question cruciale:

Pourquoi développe-t-on une hyperperméabilité intestinale et comment y remédier ?

L’hyperperméabilité intestinale est donc un dysfonctionnement du corps. Comme tout dysfonctionnement, il y a une (ou plusieurs !) cause derrière. Les comprendre permet aussi de remédier à ce déséquilibre…

Les facteurs suivants influent, positivement ou négativement, sur la perméabilité intestinale (mucus et jonctions serrées):

Concernant les additifs alimentaires, on en parle de plus en plus dans la presse. Dernièrement, c’est le CMC ou carboxyméthylcellulose qui a été cité, mais il est loin d’être le seul. Les études initiales et préalables à l’acceptation et l’utilisation d’un additif ne regardaient pas ce facteur donc on est longtemps passé à côté de cette conséquence fâcheuse. Le deuxième problème réside dans l’effet dose associé à l’effet cocktail : plus on consomme d’aliments ultra-transformés, plus on absorbe d’additifs qui vont faire un cocktail détonant….

Les médicaments qui ont un effet document sur la perméabilité intestinale sont notamment les anti-inflammatoires non stéroïdiens, l’aspirine, certains anti-dépresseurs,…et bien d’autres encore. Si ces médicaments ont certainement leur utilité, en revanche, leur utilisation massive et durable pose un véritable problème.

Autre agent à ne pas sous-estimer, surtout à notre époque : le stress mal géré et chronique, avec la production chronique de cortisol, tend à agir négativement sur notre écosystème intestinal. Tu trouveras sur ce blog différents articles tel que celui-ci pour t’aider à mieux gérer ton stress.

Ensuite, viennent les facteurs qui peuvent influencer de manière positive ou négative cette perméabilité intestinale. Les voici présentés ici, certains vous étonneront peut-être 2 ;3 :

Bien sûr, l’idée n’est pas non plus de supprimer forcément de manière stricte les aliments de la colonne de droite mais plutôt de les consommer avec modération.

Le mot de la fin

Il apparait évident que pour corriger une hyperperméabilité intestinale, il faut donc identifier la ou les causes et ensuite les corriger. Se contenter de prendre de la L-glutamine ou des compléments plus complets associant plusieurs des ingrédients ci-dessus n’aura qu’un intérêt limité si la ou les causes de cette excès de perméabilité ne sont pas supprimées.

Cette leçon, j’ai pu l’apprendre à mes dépends. Je m’entêtais à faire des cures de L-glutamine plusieurs mois par an et pourtant chaque année je me trouvais avec de nouvelles hypersensibilités alimentaires.  Je sais maintenant que mon stress quasi constant et une candidose qui a eu du mal à partir ont été les causes de cette hyperperméabilité chronique. Tant que je prenais de la L-glutamine, cela limitait le processus, mais dès que j’arrêtais : retour du problème…

Et vous, souffrez-vous d’hyperperméabilité intestinale ? Si oui, avez-vous identifié la ou les causes ?

Si vous voulez que l’on travaille ensemble pour corriger votre perméabilité intestinale et ses causes, contactez-moi!

 

Sources :

1-Serum zonulin as a marker of intestinal mucosal barrier function: May not be what it seems- D. Steer and al. Published online 2019 Jan 14. (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6331146/)

2-Nutritional Keys for Intestinal Barrier Modulation by S. De Santis and al. – Frontiers in Immunology, 07 December 2015  – https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fimmu.2015.00612/full

3-Changes in intestinal tight junction permeability associated with industrial food additives explain the rising incidence of autoimmune disease –  A.Lernera & T. Matthias – Autoimmunity Reviews : Volume 14, Issue 6, June 2015, Pages 479-489 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1568997215000245

 

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